Le 21 juillet 2026, le Parlement français a définitivement adopté la proposition de loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux avant 15 ans. Portée par la députée Laure Miller (Ensemble pour la République), la loi fait de la France le premier pays d’Europe à instaurer une « majorité numérique ». Le texte, désormais soumis au Conseil constitutionnel, doit s’appliquer dès la rentrée. Derrière un principe simple à énoncer, il soulève une série de questions concrètes pour les familles, les plateformes et les régulateurs. Voici ce que dit exactement le texte, ce qui reste à préciser et ce que les parents doivent en retenir.
Ce que dit exactement la loi
Le cœur du texte tient en quelques lignes : aucune plateforme de réseau social ne pourra ouvrir de compte à un utilisateur de moins de 15 ans sans dispositif de vérification d’âge. Sont visés les grands services grand public comme TikTok, Instagram, Snapchat, X ou encore les fonctions sociales de plateformes vidéo. La loi prévoit toutefois des exceptions explicites : les encyclopédies en ligne, les répertoires éducatifs ou scientifiques, les plateformes de développement et de partage de logiciels libres, ainsi que les projets numériques à vocation éducative, restent accessibles.
La loi ne crée aucune sanction pour l’enfant ou pour ses parents. C’est la plateforme qui porte la responsabilité juridique de refuser l’inscription et de bloquer les comptes non conformes. Un volet complémentaire du texte étend par ailleurs l’interdiction du téléphone portable au lycée, mesure déjà en vigueur au collège depuis 2018.
Un calendrier en deux temps
L’entrée en vigueur se fait par paliers. À compter du 1er septembre 2026, aucun nouveau compte ne pourra être créé par un mineur de moins de 15 ans sur les services concernés. Pour les comptes déjà existants, les plateformes disposent d’un délai supplémentaire de quatre mois : elles devront avoir vérifié l’âge de leurs utilisateurs et fermé les comptes concernés au plus tard le 1er janvier 2027. Ce sursis vise à permettre le déploiement d’une campagne massive de vérification, techniquement lourde à mettre en œuvre.
La vérification d’âge, la vraie question technique
C’est le point le plus scruté du dispositif. La loi renvoie aux plateformes le soin de choisir la méthode, sans imposer un procédé unique. En pratique, la solution privilégiée par le gouvernement français s’appuie sur l’application France Identité, développée par le ministère de l’Intérieur. Elle utilise la lecture NFC de la carte nationale d’identité électronique déployée depuis août 2021, puis génère une preuve d’âge cryptographique transmise à la plateforme sans révéler les autres informations de la carte. Le principe du « double anonymat » est mis en avant pour rassurer sur la protection des données personnelles.
- Vérification côté plateforme, à l’inscription et lors des campagnes de contrôle
- Preuve d’âge délivrée par un tiers de confiance sans transmission de données d’identité
- Aucune obligation pour l’utilisateur de fournir directement une pièce d’identité à la plateforme
Contrôle, sanctions et zones d’ombre
Toute mention de l’Arcom, régulateur français des plateformes, a disparu de la version finale du texte. En l’état, la loi ne désigne donc pas explicitement d’autorité chargée de contrôler la bonne application du dispositif ni de prononcer des amendes. C’est un point de vigilance largement souligné par les observateurs, qui appellent à des mesures d’application rapides pour éviter que la règle ne reste symbolique. Les sanctions financières précises applicables aux plateformes récalcitrantes restent également à préciser par voie réglementaire.
Par ailleurs, le texte devra passer l’épreuve de la compatibilité avec le droit européen, en particulier avec le règlement sur les services numériques (DSA), qui prévoit déjà des obligations spécifiques pour la protection des mineurs à l’échelle de l’Union.
La France pionnière, mais pas sans précédent
La France devient le premier pays d’Europe à voter un tel seuil d’âge, mais le sujet n’est pas isolé. L’Australie a mis en place un dispositif comparable avant elle. Les premiers bilans, publiés en juin 2026 par l’Université de Melbourne, indiquent que moins de 20 % des mineurs concernés respectent l’interdiction, ce qui invite à traiter le succès du dispositif français avec prudence. Les enjeux du numérique et les questions d’encadrement légal des plateformes se croisent ici de manière particulièrement visible. Pour les familles, un rappel utile s’impose : la loi ne remplace pas le dialogue à la maison ni les bons réflexes de vigilance parentale.
Questions fréquentes
À partir de quand un adolescent peut-il légalement ouvrir un compte sur un réseau social en France ?
À partir de son 15e anniversaire, dès l’entrée en vigueur du texte. Avant cet âge, la plateforme devra refuser l’inscription. Le seuil ne modifie pas la règle antérieure du consentement parental pour le traitement des données personnelles fixée à 15 ans par le RGPD français.
Les comptes déjà ouverts par des enfants de moins de 15 ans vont-ils être supprimés automatiquement ?
Non, pas dès le 1er septembre 2026. La loi laisse aux plateformes un délai jusqu’au 1er janvier 2027 pour vérifier l’âge de leurs utilisateurs et fermer les comptes qui contreviennent à la règle. Aucune sanction n’est prévue à l’égard des enfants ou des parents concernés.
Wikipédia et les plateformes éducatives sont-elles concernées ?
Non. Le texte exclut explicitement les encyclopédies en ligne, les répertoires éducatifs et scientifiques, les plateformes de partage de logiciels libres et les projets numériques à vocation éducative. Ces services restent accessibles sans vérification d’âge.
Sources
- Journal du Geek — La France devient le premier pays d’Europe à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans (21/07/2026)
- Touteleurope.eu — L’interdiction française est-elle conforme au droit européen ?
- Les Smart Grids — Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : la France pionnière malgré les doutes