Le taux d’activité des 55-64 ans a franchi un cap symbolique en France : il atteint 61,7 % en 2025, un niveau historique selon une étude de la Dares publiée fin juillet 2026. Une progression continue depuis plusieurs années, que le service statistique du ministère du Travail relie directement à la réforme des retraites de 2023. Mais derrière ce chiffre flatteur se cache une réalité plus contrastée dès que l’on regarde d’un peu plus près la tranche d’âge concernée.
Un record porté par les 55-59 ans
La moyenne globale masque en effet une rupture nette après 60 ans. En 2024, 77,8 % des personnes de 55 à 59 ans occupaient un emploi, contre seulement 42,4 % des 60-64 ans. Autrement dit, l’essentiel de la hausse du taux d'emploi des seniors vient des tranches d’âge les plus jeunes de cette catégorie, celles qui étaient déjà proches de l'emploi avant même le recul de l’âge légal de départ. Passé 60 ans, la trajectoire vers l'emploi reste beaucoup plus fragile.
Ce constat rejoint les analyses de Vie publique, qui pointait dès la fin juillet les limites des politiques actuelles de maintien en emploi des seniors : aménagement des fins de carrière, retraite progressive, formation continue… les leviers existent, mais restent inégalement mobilisés selon les entreprises et les secteurs.
Pourquoi cette hausse ne dit pas tout
Selon Previssima, la France reste en retard par rapport à plusieurs voisins européens sur l'emploi des plus de 60 ans, malgré cette progression continue. Le décalage avec des pays comme l’Allemagne ou la Suède s’explique en partie par des différences de culture d’entreprise, mais aussi par la difficulté à maintenir en poste des salariés seniors dans des métiers physiquement exigeants ou dans des secteurs en forte mutation technologique.
Autre point de vigilance souvent minoré dans les commentaires sur ce record : la hausse du taux d’activité ne signifie pas mécaniquement une hausse du taux d'emploi réel. Une partie des seniors comptabilisés comme « actifs » sont en recherche d'emploi sans en avoir trouvé, ce qui pèse sur les chiffres du chômage de longue durée chez les plus de 55 ans, historiquement plus élevé que pour le reste de la population active.
Ce que cela change concrètement
- Pour les salariés de 55-59 ans, les perspectives de maintien en poste s’améliorent nettement, portées par la réforme des retraites.
- Pour les 60-64 ans, l’accès ou le maintien en emploi reste le principal point de friction du système, loin derrière le discours du « record historique ».
- Les entreprises qui anticipent ces enjeux via des dispositifs de formation continue et d’aménagement de poste limitent le risque de rupture de carrière en fin d’activité.
Pour les actifs concernés, la vigilance porte surtout sur l’articulation entre formation professionnelle et fin de carrière, un sujet suivi de près dans les rubriques emploi et entreprise du magazine.
Questions fréquentes
Que signifie exactement le taux d’activité des 55-64 ans ?
Il mesure la part de personnes de cette tranche d’âge qui sont en emploi ou en recherche active d'emploi, par opposition à celles qui sont inactives (retraite anticipée, invalidité, etc.). Ce n’est pas strictement un taux d'emploi.
Pourquoi la réforme des retraites de 2023 influence-t-elle ce chiffre ?
En reculant l’âge légal de départ, la réforme maintient mécaniquement plus de personnes dans la population active avant la retraite, ce qui fait progresser le taux d’activité mesuré par la Dares.
La France est-elle en avance ou en retard sur ses voisins européens ?
Elle progresse, mais reste en retard sur plusieurs pays du nord de l’Europe pour l'emploi des plus de 60 ans spécifiquement, selon les comparaisons évoquées par Previssima.